Bruit en ville : quels effets sur l’audition et la santé ?

Introduction

Dans le métro, dans la rue, au restaurant, au travail… le bruit en ville est partout. Et à force d’être partout, on finit parfois par ne plus le remarquer même s’il y a des effets sur l’audition.

Une journée en ville peut faire se succéder de nombreuses ambiances sonores : circulation, transports, conversations, travaux, musique, écouteurs… Certaines sont bruyantes, d’autres beaucoup moins. Mais elles ont un point commun : elles font partie du quotidien et sont rarement identifiées comme une véritable exposition.

C’est justement ce qui rend le bruit en ville intéressant à observer. Il ne s’agit pas seulement de savoir si un environnement est « bruyant » ou non. Il faut aussi regarder à quelle fréquence on y est exposé, combien de temps et surtout ce que le bruit change dans les situations d’écoute.

Le bruit en ville : une exposition devenue presque invisible

Il y a les bruits que l’on remarque immédiatement : une moto qui accélère, un klaxon, un chantier à proximité.

Et puis il y a le bruit de fond.

Celui de la circulation lorsque l’on marche dans la rue. Celui du métro pendant le trajet du matin. Celui d’une terrasse animée à midi. Celui d’un open space où plusieurs conversations se déroulent en même temps.

Le trafic routier est d’ailleurs la principale source de bruit liée aux transports en Europe. Selon l’Agence européenne pour l’environnement, plus de 20 % des Européens sont exposés à des niveaux de bruit des transports considérés comme nocifs selon les seuils de la directive européenne. Avec les recommandations plus strictes de l’Organisation mondiale de la Santé, cette proportion dépasse 30 %.

La circulation routière représente à elle seule environ 92 millions de personnes exposées à des niveaux supérieurs à 55 dB selon l’indicateur jour-soir-nuit utilisé par la directive européenne.

Ces chiffres donnent une idée de l’ampleur du phénomène. Mais ils ne racontent pas forcément ce que vit une personne au cours d’une journée.

Car l’exposition n’est pas toujours un long épisode de bruit continu.

Elle peut ressembler à ça :

20 minutes dans les transports → une matinée dans un environnement animé → déjeuner dans un restaurant → trajet retour → écouteurs → séance de sport.

Aucun de ces moments ne paraît forcément exceptionnel. Pourtant, ils peuvent se succéder pendant plusieurs heures.

Il ne faut évidemment pas additionner les décibels rencontrés dans la journée comme on additionnerait des kilomètres. Ce qui compte, c’est aussi la répétition des situations sonores et le temps passé dans chacune d’elles.

Et c’est souvent là que le bruit devient difficile à percevoir : lorsqu’il ne ressemble plus à une exposition ponctuelle, mais simplement à la vie quotidienne.

Le bruit en ville : une exposition devenue presque invisible

Bruit en ville et audition : parfois, le problème apparaît surtout quand il faut comprendre

Un restaurant animé. Plusieurs conversations autour de la table. Des couverts qui s’entrechoquent. De la musique en fond.

La personne entend son interlocuteur. Pourtant, elle lui demande de répéter.

À l’inverse, dans une pièce calme, tout semble aller beaucoup mieux.

Cette différence est importante.

Entendre une personne parler et comprendre facilement ce qu’elle dit dans le bruit ne sont pas exactement la même chose.

Une perte auditive peut notamment rendre la communication plus difficile dans les environnements bruyants. L’OMS cite notamment les restaurants et les marchés parmi les situations dans lesquelles la communication peut devenir plus difficile.

C’est aussi pour cela que certaines phrases du quotidien méritent d’être écoutées autrement :

« À la maison, je n’ai pas de problème. »
« C’est surtout quand il y a du monde. »
« Au restaurant, je fais répéter. »
« Dans le calme, je comprends très bien. »

Ces remarques ne permettent évidemment pas, à elles seules, de conclure à un trouble auditif.

Mais elles donnent une information intéressante : dans quelles conditions l’écoute devient-elle difficile ?

Et cette question peut parfois être plus parlante qu’un simple « Est-ce que vous êtes souvent exposé au bruit ? ».

Le bruit ne se résume pas à une question de volume

Quand on parle de prévention auditive, le réflexe est souvent de chercher un niveau sonore : 80 dB, 90 dB, 100 dB…

Ces repères sont utiles, mais ils ne suffisent pas à décrire une exposition.

Pour l’écoute au casque ou aux écouteurs, l’OMS rappelle que le niveau sonore, la durée d’écoute et la fréquence d’exposition participent tous au risque auditif. Elle indique par exemple qu’une écoute à 80 dB peut atteindre 40 heures par semaine dans son référentiel d’écoute sans risque, contre 4 heures à 90 dB.

L’écart est important.

Et dans les transports, une autre difficulté apparaît : le bruit ambiant peut pousser à augmenter le volume pour continuer à entendre correctement son contenu audio. L’OMS recommande notamment de limiter le volume et indique que des écouteurs bien ajustés avec réduction de bruit peuvent éviter d’avoir à augmenter autant le niveau sonore dans un environnement bruyant.

La question devient alors très concrète :

À quel volume écoute-t-on ? Et dans quel environnement ?

Écouter un podcast à volume élevé dans un métro bruyant n’est pas exactement la même situation que l’écouter tranquillement chez soi.

Le bruit en ville ne concerne pas uniquement l’audition

Le bruit environnemental est également un enjeu de santé publique. L’OMS documente notamment des effets sur le sommeil, la gêne, certains risques cardiovasculaires et métaboliques, ainsi que des effets cognitifs et psychologiques.

Les données européennes donnent une idée de l’ampleur du phénomène : l’EEA estime que près de 16,9 millions d’Européens subissent une forte gêne à long terme liée au bruit des transports et environ 4,6 millions des troubles sévères du sommeil.

Cela permet de remettre les choses dans leur contexte.

Un bruit environnemental peut être problématique pour la qualité de vie sans être, pour autant, un bruit suffisamment intense pour provoquer directement une lésion auditive.

À l’inverse, certaines activités de loisirs peuvent exposer l’audition à des niveaux sonores importants.

Les deux questions sont liées, mais ne doivent pas être confondues.

Bruit et audition : parfois, le problème apparaît surtout quand il faut comprendre

Sensibiliser au bruit : partir du quotidien plutôt que du décibel

C’est peut-être là que la discussion devient la plus intéressante.

Plutôt que de commencer par : « Êtes-vous exposé à des niveaux sonores élevés ? », on peut repartir d’une journée ordinaire.

Où le bruit intervient-il ?

Dans les transports ? Au travail ? Pendant les loisirs ? Avec des écouteurs ? Dans les restaurants ? Lors de concerts ? Dans une activité professionnelle ou sportive ?

Cette façon de poser la question permet de faire émerger des situations auxquelles la personne n’avait pas forcément pensé comme à une exposition sonore.

Elle permet aussi de rappeler que la prévention ne consiste pas nécessairement à éviter tous les environnements bruyants.

Quelques réflexes simples

Lorsque cela est possible, plusieurs habitudes peuvent contribuer à réduire l’exposition :

  • s’éloigner de la source sonore ;
  • réduire la durée d’exposition ;
  • faire régulièrement des pauses dans un environnement plus calme ;
  • éviter d’augmenter inutilement le volume des écouteurs ;
  • préserver des moments de calme au cours de la journée.

Ces principes rejoignent les recommandations de l’OMS sur l’écoute sans risque : réduire le volume, limiter la durée d’exposition, s’éloigner des sources sonores et faire des pauses.

Et lorsque l’exposition fait partie de l’activité ?

Il existe des situations où réduire le bruit à la source ou s’en éloigner n’est tout simplement pas possible.

C’est le cas, par exemple, lors d’un concert, d’une pratique musicale, de certaines activités de loisirs ou dans certains environnements professionnels.

Dans ces situations, la protection auditive peut devenir un outil de prévention complémentaire.

Le choix dépend alors de l’activité, du niveau d’exposition et des contraintes de la personne. Pour une utilisation régulière, les protections auditives sur mesure peuvent notamment répondre à ce besoin.

Ce que le bruit peut révéler sur l’expérience auditive

Le bruit est finalement intéressant parce qu’il agit parfois comme un révélateur.

Une personne peut très bien ne jamais se considérer comme « exposée à des bruits dangereux » et pourtant remarquer qu’elle :

  • comprend moins bien les conversations lorsqu’il y a plusieurs personnes ;
  • fait davantage répéter au restaurant ;
  • augmente régulièrement le volume de ses écouteurs ;
  • se sent particulièrement fatiguée après certaines journées très sonores ;
  • recherche spontanément les endroits plus calmes ;
  • a davantage de difficultés à suivre une conversation dans les transports ou dans un lieu animé.

Pris séparément, aucun de ces éléments ne permet de poser un diagnostic.

Mais ils racontent quelque chose de l’expérience auditive quotidienne.

La gêne liée au bruit ne se mesure donc pas uniquement en décibels. Elle peut aussi se voir dans ce qu’une personne n’arrive plus aussi facilement à faire lorsqu’il y a du bruit : suivre une conversation, comprendre une voix ou simplement profiter d’un moment sans fatigue.

Sensibiliser au bruit : partir du quotidien plutôt que du décibel

Conclusion

Le bruit en ville est devenu tellement banal qu’il est parfois difficile de savoir à partir de quand il mérite notre attention.

Les transports, le travail, les lieux publics, les loisirs et l’écoute au casque peuvent multiplier les situations sonores au cours d’une même journée.

La question n’est donc pas de vivre dans le silence.

Elle est plutôt de savoir où, quand et comment le bruit intervient dans notre quotidien, ce qu’il change dans les situations d’écoute et, lorsque c’est nécessaire, quels moyens permettent de réduire l’exposition.

Parce qu’avant même de parler de décibels ou de protection, il y a une question beaucoup plus simple :

« Dans quelles situations est-ce que vous avez le plus de mal à comprendre ? »

C’est parfois là que commence une vraie discussion sur l’audition.

Retrouvez l’infographie entière ici :